10ème édition du Festival Gnaoua)
Essaouira, « studio à ciel ouvert » 25 Groupes Gnaoua , 150 musiciens étrangers, 250 artistes marocains, 9 scènes, 3 directeurs artistiques et des conférences


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Ce n’est pas par hasard si le Festival Gnaoua a élu domicile à Essaouira, l’ancienne Mogador, le port de Tambouctou, ayant été un carrefour stratégique du commerce de tout genre par les ancêtres des maîtres Ganoua d’aujourd’hui.

Essaouira est donc un lieu de mémoire de l’histoire de la confrérie Gnaoua, comme en témoigne l’existence de la seule Zaouia Gnaoua au Maroc. Le festival d’Essaouira est devenu le vecteur et le catalyseur de cette histoire, en faisant des Gnaoua des artistes à part entière. Le festival Gnaoua a non seulement ressuscité un patrimoine à l’échelon du Maroc, mais également à l’échelon africain et international.

La petite ville d’Essaouira de 70 000 d’habitants accueille désormais chaque année plus de six fois sa population, et rassemble dans une ambiance conviviale et décontractée, des personnes venues de tous les horizons sociaux et géographiques. Le festival accueille aujourd’hui près de 15 000 touristes étrangers et plus de 400 000 marocains. A travers ses festivals et notamment le Festival Gnaoua et Musiques du Monde, Essaouira s’est confirmée comme une réelle destination touristique culturelle, se classant sans exagération en tête de liste des villes à vocation touristique comme la destination la plus médiatisée à l’international.

La réussite du Festival Gnaoua durant ces dix ans s’est aussi une organisation professionnelle, faite dans la discrétion et l’efficacité par une belle junte féminine conduite par Neila Tazi de A3 Communication, à tel point que l’équipe parle de SON festival, son bébé qu’elle a vu grandir. La réussite du festival d’Essaoira, c’est également un apport et un soutien de grande valeur de l’Association Essaouira Mogador, avec une présence active sur le terrain de son président fondateur André Azoulay, de son président en exercice Radouane Khan et des autres membres et militants de l’ombre de l’association. La réussite du festival c’est aussi l’implication des Autorités locales, à leur tête le gouverneur de la province, M. Abdeslem Bekrate, celle des services de sécurité, toutes catégories confondues, qui ont su canaliser du beau travail pour permettre au festival recevant des milliers de personnes, de se dérouler dans de bonnes conditions. Pour cette édition d’anthologie caractérisant la 10 ème édition, 9 scènes musicales sont dédiées à l’épanouissement des musiciens et du public du festival. Des scènes où l’on peut voir et écouter à la fois musiciens Gnaoua, seuls ou en fusion avec des musiciens étrangers, des artistes ou des groupes étrangers, dignes représentants de ces musiques du monde. Des groupes marocains évoluant de plus en plus vers un métissage musical inédit, des musiciens électro-world à la démarche artistique devenue incontournable dans le renouveau des musiques traditionnelles et le paysage musical international, ainsi que des confréries ou troupes folkloriques aux répertoires sacrés et populaires peu médiatisés.

La programmation musicale de cette édition s’annonce à la fois comme une apothéose de dix ans de création musicale et comme une nouvelle page de l’histoire du festival. Ce sont bien évidemment les maâlems Gnaoua qui seront à l’honneur de cette édition en hommage au maâlem H’mida Boussou, décédé le samedi 17 février 2007. Feu Boussou fut l’un des premiers maîtres à participer en France à des « Lilas » traditionnelles dans le cadre des recherches des nombreux anthropologues tels Viviana Pâques, Bertrand Helle ou Antonio Baldassaré. La journaliste Eliane Azoulay lui consacre en 1998, à l’occasion du 1er Festival de la Culture des Gnaoua, un documentaire de 52 mn diffusé sur les chaînes M6 et Arte. L’équipe du Festival et l’ensemble des Gnaouas dédient cette 10 ème édition à ce grand maâlem. Son fils Hassan Boussou, lui même musicien et joueur de guembri, viendra de Lille pour se reproduire avec le groupe de son défunt père. Le mercredi 20 juin marquera le début des festivités musicales sur la scène My El Hassan et les Lilas en médina. Jour après jour, les autres scènes s’ouvriront au festival pour un programme musical qui réunira au total de 25 groupes Gnaouas, près de 250 artistes marocains et 150 musiciens étrangers. Les trois directeurs artistiques du Festival : Maâlem Abdeslam Alikane (l’un des fondateurs du festival Gnaoua), Karim Ziad et Loy Ehrlich, proposeront, chacun, une création artistique inédite, entourés de musiciens Gnaoua et World, fruit d’un travail en résidence mais aussi de longues années de collaboration et de recherche musicale. Ces créations musicales viendront confirmer qu’Essaouira est devenue, en l’espace d’une décade, un véritable « studio à ciel ouvert ».

Les musiciens World, Mokhtar Samba (percussions), Yaya Ouatara (percussions), Ray Lama (guitare-piaono-claviers), Jean Philippe Rykiel (piano-calviers) et bien d’autres, promettent de grands moments de fusion, avec notamment le joueur de kora malien Soriba Kouyaté, la prodige de la batterie Ari Hoeinig, le chanteur sénégalais Baaba Maal et le surprenant saxophoniste d’origine guadeloupéenne Jacques Schwarzbart. Les groupes invités ne seront pas en reste, avec le désormais mythique groupe londonien Asian Dub Foundation, le Ganghé Brass band fusionnant jazz et musique traditionnelle béninoise, le groupe brésilien Lenine et les Tambours du Sud de Minino Gray, synthèse des rythmes latinos, africains et occidentaux. Bref, on est bien ancré dans l’esprit Festival Gnaoua et Musiques du Monde. Une belle programmation comme à l’accoutumée.

Comme chaque année, aux côtés des Gnaoua, le Festival présentera les talents marocains, avec des groupes confirmés de la scène actuelle marocaine tels Hoba Hoba Spirit, Fnaïre et le Groupe Tagada. Des représentants des différentes musiques traditionnelles du Maroc, avec notamment le Groupe El Baz d’Agadir et les Gnaoua de Tamanar, prendront part à cette 10 ème édition. L’Electro-Fusion connaîtra la participation de We Love Morocco (Maroc) et Asian Dub Foundation Sound System (Royaume Uni). Pour les jeunes talents : Imghrane (Tiznit) et Banqour Fusion (Essaouira). Festival After avec : H-Kayne, Steph ragga Man, Garga, Gnaoua Click, Zazz, Casa Crew. Bref une bonne cure musicale de quatre jours pour différents goûts, différents âges ; à base de la recette magique Gnaoua plus envoûtante d’une année à l’autre, plus captivante avec des fusions fantastiques et plus joviale grâce au charme de la ville d’Essaouira, de son accueil et son attrait touristique formidables. Du 20 au 23 juin, c’est la super Jadba gnaouia, alimentée par des fusions, qui attend tout ce beau monde qui va, volontairement converger vers Essaouira pour s’alimenter de l’énergie gnaoua. Un besoin devenu annuel pour des milliers de jeunes et moins jeunes. La 10 ème édition saura les combler tous.

Mohamed RIAL

: mercredi 30 mai 2007.

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